samedi 4 février 2017

Les fées florales

Texte s'adressant à un public général
Genre : Conte
1 121 mots


Il était une fois une créature prénommée Nature. Venue des confins de l’espace, elle avait pour mission de rendre la Terre plus accueillante.

Dès son arrivée, elle éteint le brasier qui brûlait depuis des millénaires.  Puis, retirant avec soin des brins de vie de sa chevelure luxuriante, Nature créa verdure, fleurs, arbres et plantes.

Les années passèrent et Nature se sentait bien seule.  Elle croulait sous le labeur que représentait l’entretien de toute cette végétation. Elle décida donc que le moment était venu pour elle d’enfanter. Des pétales de son étrange coiffure furent soigneusement sélectionnés et, trois jours après les avoir enfouis dans la terre humide, naquirent les premières fées florales.

Mère Nature remarqua rapidement que chacune avait des traits de caractère bien définis.

Rose était perfectionniste et douce, mais sa langue, à l’instar de ses épines, pouvait devenir très acérée lorsqu’elle se fâchait.
Marguerite était travaillante et résistante, mais elle était bien trop sérieuse.
Pissenlit était énergique et enjouée, mais quelle écervelée!
Pensée était vive et amicale, mais elle avait toujours la tête dans les nuages.
Orchidée était minutieuse et délicate, mais attention à sa grande fragilité!

Des siècles durant, elles répandirent gaiement leurs semences. Avec le temps, les animaux firent leur apparition. Ils dévorèrent et piétinèrent quelques plantes, mais même les gros dinosaures ne dérangèrent nullement les fées.  Au contraire, elles étaient heureuses de leur utilité dans la survie de ces merveilleuses créatures.

Cette belle harmonie aurait pu durer éternellement si les humains n’étaient pas nés. Ces êtres ne respectaient vraiment pas la beauté. Les hommes arrachaient les fleurs, ils coupaient les arbres et détruisaient tout. Leur vandalisme désespérait les pauvres fées.

Mère Nature se fâcha un jour devant tant d’inconscience et elle décréta que tous les êtres humains étaient mauvais.  Elle interdit formellement à ses filles de les côtoyer, de leur adresser la parole, de les approcher et même de les laisser être conscients de leur existence. Les fées obéirent à leur mère et les années s’écoulèrent.

Puis, par une chaude journée d’été, Orchidée et Marguerite entretenaient leurs créations lorsqu’elles entendirent des voix. En un clin d’œil, les deux fées trouvèrent chacune refuge dans un buisson épais. Trois bûcherons apparurent au détour du sentier et Orchidée se terra craintivement dans sa cachette.

Marguerite eut un mouvement de recul à la vue de ces hommes effrayants.  Son geste inconsidéré fit bouger le buisson dans lequel elle s’était cachée. Les brutes, alertées, la débusquèrent et la capturèrent.

Orchidée, terrifiée, voulut tout de même se précipiter au secours de sa sœur bien-aimée. Une main s’abattit soudain sur son épaule, l’arrêtant net dans son élan.

Se retournant à demi, elle jeta un œil à son agresseur et fut horrifiée de constater qu’il s’agissait d’un humain.  Elle se débattit et voulut crier, mais il plaça une main sur sa bouche et lui chuchota à l’oreille :

- Arrête de gigoter, sinon ils vont nous voir! Je veux t’aider, je ne suis pas ton ennemi!

Orchidée se calma et cessa de se débattre. Le garçon lui ordonna :

- Reste là, je vais libérer ton amie.

Et il se faufila sans bruit sur les traces des bandits. Les bûcherons prévoyaient vendre au plus offrant cette créature ailée et ils discutaient âprement du juste prix à réclamer.

Le jeune homme profita de leur inattention pour libérer Marguerite et il la ramena à Orchidée, qui avait attendu son retour avec anxiété.

Marguerite disparut sans même remercier son sauveur.  Orchidée, gênée par l’attitude de sa sœur, s’excusa auprès du garçon et le remercia pour son intervention.

- De rien.  Comment t’appelles-tu?
- Orchidée.
- Et moi, c’est Adrien.

À partir de ce jour, ils se revirent très souvent. Orchidée n’osait en souffler mot à quiconque, car elle connaissait l’opinion bien arrêtée de sa mère à propos des humains.  Mais celui-ci était différent, elle le sentait dans son cœur.  Elle lui faisait confiance et voulait prolonger à tout prix ces moments de pur bonheur.

Pauvre petite orchidée!  Mère Nature, soucieuse de connaître les raisons de sa soudaine gaieté, la suivit et découvrit le pot aux roses. Elle surprit les tourtereaux en flagrant délit, les sépara et ramena de force Orchidée à la demeure familiale.

La ténacité de la petite fée pour retrouver son prétendant obligea Mère Nature à l’enfermer à double tour dans sa chambre. Orchidée, désemparée, en perdit toute envie de vivre et se laissa dépérir.

Malgré son apparente ingratitude, sa sœur Marguerite se souvenait du courage de son sauveur.  Elle rendit visite en cachette à Adrien et l’informa des malheurs d’Orchidée.

Désespéré, il passa les heures suivantes à se creuser les méninges afin de trouver une solution à cette pénible situation. Tout à coup, il eut un éclair de génie : il allait prouver à Mère Nature qu’il respectait sa création.

Adrien recueillit les semences de dizaines et de dizaines de variétés de fleurs et il entreprit de les faire pousser sur un grand terrain. Chaque jour, il les arrosait patiemment et leur prodiguait amour et attention.

Son acharnement fut récompensé : de splendides fleurs jaillirent sous ses yeux émerveillés. Les passants, habituellement pressés, s’arrêtaient même pour venir les admirer.

Pour Marguerite, le moment était venu de prouver sa reconnaissance à Adrien. Elle brava la colère de sa mère et l’informa des efforts du jeune homme.

Mère Nature se rendit elle-même sur place et constata de ses propres yeux ce miracle stupéfiant.  Elle avait encore les yeux écarquillés devant ce spectacle lorsqu’Adrien vint la rejoindre.

- Comment as-tu pu faire ça?

Adrien se sentit mal à l’aise sur l’instant, car il croyait qu’elle était fâchée. Quelle ne fut pas sa surprise lorsqu’elle le prit dans ses bras en l’étreignant fortement!

- Ce prodige que tu as accompli, aucun autre humain avant toi ne l’avait tenté. Ton respect pour mon œuvre me touche énormément. Je n’ai pas de mots pour t’exprimer mon regret d’avoir été si dure avec toi et Orchidée.  Dorénavant, c’est promis, je ne tenterai plus de vous séparer.

Adrien demeura interloqué devant ce discours inespéré. Retrouvant ses esprits, il la remercia et ils firent route ensemble pour aller délivrer Orchidée.

Mère Nature rassembla toutes ses filles autour du jeune homme.

- Mes enfants, aujourd’hui, j’ai appris une grande leçon : il ne faut pas juger une espèce entière à partir des méfaits commis par certains. Adrien que voici en est la preuve vivante : les humains sont en mesure d’apprécier nos efforts et ils peuvent même nous aider!  À compter de cet instant, je le nomme premier jardinier. Que son exemple inspire d’autres membres de sa race!

Peu de temps après, on célébra les épousailles d’Orchidée la fée et d’Adrien le jardinier. Ils vécurent heureux très longtemps et eurent beaucoup, beaucoup de petits jardiniers.


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Note de l'auteure

J'ai écrit ce petit conte en 2007, sur l'inspiration du moment. Avant sa mise en ligne ici, je l'ai retravaillé un tout petit peu pour régler certains aspects techniques (bon sang que j'aimais les adverbes en -MENT à l'époque!), mais je ne l'ai pas trop retouché, car je voulais qu'il conserve sa saveur d'origine.

Je sais, ce texte ne casse pas la baraque, mais encore aujourd'hui, je le trouve mignon et rafraîchissant. Et quand je lis le dernier paragraphe... j'ai encore un petit sourire!

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